Vous
le savez tous, la CRC a décidé de tailler nos salaires qu’elle juge
indécents. Adieu prime informatique, prestations du CAS et complément de
salaire districal.
Si
l’idée et la volonté de contester la nécessité et la légitimité du
contrôle exercé par cette honorable institution ne nous animent pas, il
nous semble toutefois nécessaire d’apporter quelques éléments de
contradiction sur son efficacité, son fonctionnement, son équité.
Notre
organisation syndicale n’est d’ailleurs pas seule à le faire. Bien
des Maires y ont à redire. Ainsi, selon une enquête de l’Association
des Maires de France, 47% d’entre eux souhaitent que le contrôle de
gestion exercé par les CRC soit réformé. De plus, 89% des Maires
français désirent que ce contrôle ne porte que sur la régularité de
leurs décisions et non sur l’opportunité de celles-ci.
On
comprend dans ces conditions que certains d’entre eux tentent de mettre
en œuvre tous les recours en leur possession (administratif,
juridictionnel, politique) contre les décisions des CRC.
Quant
à notre Maire, il ne semble pas avoir pris ce chemin puisqu’il nous a
annoncé sa volonté de se conformer aux avis de la CRC. Manque de courage
politique, manque de visée stratégique, défaillance de la Direction
générale, qui sait ?
Quoi
qu’il en soit, un argument peut être objecter à cette contestation d’une
majorité des Maires de France afin de ne pas l’entendre : « elle
émane de ceux qui sont soumis au contrôle de la CRC et qui se voient
contraint de respecter la légalité républicaine, bafouée à maintes
reprises par leurs propres actes de gestion ».
Portons
donc notre regard à un autre niveau, par exemple du coté du Sénat, cet
organe législatif. Celui-ci a eu à traiter en 1998 d’un rapport
intitulé « Chambres Régionales des Comptes et Élus
locaux ». Le constat qui est dépeint dans ce document est très
intéressant et apporte de l’eau à notre moulin.
On
peut y lire ceci
« l’intention
du législateur a été d’écarter toute appréciation d’opportunité
des CRC sur les décisions politiques prises par les élus et dont seul
le suffrage universel peut-être juge. Pourtant force est de constater
qu’en dépit des précisions apportées par le législateur, le
contrôle de gestion ne s’exerce pas avec une suffisante sérénité »,(page
65)
« les
lettres d’observations définitives ne peuvent faire l’objet d’un
recours en appel devant la Cours des comptes. Elles ne sont pas non plus
susceptibles d’un recours pour excès de pouvoir »(page 76)« cette
situation ne peut que heurter les principes généraux de droit. Le
droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un acte dont la
légalité est contestée constitue, en effet, un principe général du
droit »( page 77)
«
les élus locaux ont trop souvent le sentiment que les réponses qu’ils
présentent aux observations des CRC ne sont pas prises en compte par
ces dernières »( page 75)
cette
situation induit une « absence de sécurité juridique des
actes des collectivités locales », « en effet des actes qui
n’ont pas appelé d’observations particulières de la part du
contrôle de légalité et dont la régularité apparaissait dés lors
incontestable, peuvent plusieurs année après être remis en cause par
la CRC » (page 83)
Maires,
Sénateur, Organisations syndicales et fonctionnaires territoriaux ont
donc des récriminations envers l’action des CRC.
Les
fonctionnaires territoriaux en particuliers doivent être attentifs à ces
questions. En effet, une lecture rapide des lettres définitives des CRC
permet de constater un élément récurent à tous ces documents : la
volonté de réduire le coût de la fonction publique territoriale.
En
effet, il n’existe pas une seule lettre d’observation ne stigmatisant
pas de soit disant avantages indus accordés irrégulièrement aux
fonctionnaires territoriaux.
Ce
mode opératoire procède de cette logique qui régulièrement dénonce
les fonctionnaires comme étant des nantis, cela pour mieux couper dans
les dépenses publiques et démanteler le service public.
Notre
prime informatique, notre complément de salaire districal font donc de
nous des privilégiés dans ce monde où certains dirigeants d’entreprises
perçoivent en une année seulement ce qu’un agent administratif touche
en 3000 ans de dur labeur.
Mais
ce n’est pas à ce chef d’entreprise que la CRC s’en prend. Non c’est
à l’agent administratif qu’elle retire 400 francs. Il est vrai que
cette somme est négligeable pour certains, les vrais privilégiés et
nantis.
Au
fait un magistrat exerçant dans une CRC, ça gagne combien ?
Ps :
nous mettons à votre disposition le rapport du sénat cité dans cet
article.